Kératocône
Vous sortez de chez votre ophtalmologiste, et il vous a diagnostiqué un kératocône. Le mot peut faire peur. Mais pas de raison de paniquer : cette affection de la cornée (qui touche environ 1 personne sur 2000 en France) ne rend pas aveugle. Mieux encore, aujourd’hui, on sait la dépister tôt, ralentir efficacement son évolution, et améliorer efficacement la vision.
Qu’est-ce que le kératocône?
La cornée est cette fine membrane transparente située à l’avant de l’œil. Elle joue un rôle fondamental : c’est elle qui permet à la lumière d’être correctement focalisée vers la rétine, au fond de l’œil, là où se forme l’image. Problème, dans le kératocône, cette cornée s'amincit et se déforme. Au lieu d’être arrondie, elle se bombe vers l’avant et adopte une forme conique. Cette déformation entraîne deux conséquences majeures :
- Une augmentation de la myopie, car l’image se forme en avant de la rétine.
- Un astigmatisme irrégulier. En effet, la surface cornéenne devenant irrégulière, la lumière ne converge plus en un point unique mais en plusieurs foyers
- une vision floue et déformée.
Plus la cornée se déforme, plus la qualité de vision se dégrade. Dans la majorité des cas, les deux yeux sont touchés, mais souvent de manière asymétrique : un œil peut être nettement plus atteint que l’autre.
Les causes du kératocône
Le kératocône débute le plus souvent à l’adolescence ou chez le jeune adulte, entre 10 et 25 ans. Il n’existe pas une cause unique. Les mécanismes sont probablement multifactoriels :
- Il existe une prédisposition génétique. Certaines anomalies génétiques influençant la structure du collagène semblent impliquées. La cornée des patients atteints est souvent plus fine que la moyenne.
- Mais le principal facteur de risque, c’est le fait de se frotter les yeux de manière répétée. Cela exerce un stress mécanique sur une cornée déjà fragile et peut favoriser ou aggraver la déformation de la cornée.
Or, allergies, sécheresse oculaire et fatigue visuelle liée aux écrans augmentent ce réflexe. Un conseil : si les yeux démangent, on privilégie les collyres antiallergiques ou les larmes artificielles, mais on ne frotte pas.
Les symptômes du kératocône
Les signes les plus fréquents sont :
- Une baisse de la vision qui ne s’améliore pas complètement même avec des lunettes.
- Une augmentation rapide ou inhabituelle de la myopie et de l’astigmatisme.
- Une vision déformée (des lignes droites qui apparaissent ondulées).
- Des halos lumineux, des éblouissements, surtout la nuit (quand la pupille se dilate et laisse passer plus de lumière à travers une cornée irrégulière).
- Parfois une sensibilité accrue à la lumière.
Le kératocône évolue progressivement. Chez certains patients, la gêne reste modérée pendant des années. Dans les formes avancées, la vision peut devenir très altérée sans correction adaptée.
Comment diagnostiquer un kératocône ?
Parfois, le kératocône est découvert par hasard, lors d’un simple contrôle de vue, devant un astigmatisme atypique ou évolutif. Le diagnostic repose sur un examen clé : la topographie cornéenne. Cet examen indolore cartographie précisément la courbure de la cornée et détecte la moindre irrégularité. Un diagnostic précoce est capital, car il permet de proposer rapidement un traitement pour freiner la progression.
Le kératocône peut-il rendre aveugle ?
Non ! Le kératocône ne conduit pas à la cécité.
Même dans les formes avancées, des solutions existent pour à nouveau bien voir.
La complication la plus spectaculaire, mais rare, est l’hydrops aigu, qui peut entraîner une baisse soudaine de vision dans un œil. Cette situation impressionnante est prise en charge médicalement, et parfois chirurgicalement. Dans la majorité des cas, l’évolution est positive.
Les traitements du kératocône
Les lunettes
Au tout début, lorsque la déformation est encore faible, les lunettes peuvent corriger la myopie et l’astigmatisme. Mais dès que la cornée devient plus irrégulière, les lunettes ne suffisent plus, car elles ne peuvent pas compenser une surface trop déformée. Il faut alors envisager les lentilles.
Les lentilles
Les lentilles souples classiques épousent la forme de la cornée. Elles ne corrigent donc pas les irrégularités.
- Lentilles rigides perméables au gaz : ce qu’il faut, c’est des lentilles rigides perméables au gaz. Elles créent une surface optique régulière en laissant un film lacrymal entre la lentille et la cornée. Cela a pour effet de neutraliser les déformations.
- Lentilles sclérales : les lentilles sclérales, elles, reposent sur le blanc de l’œil (la sclère) sans toucher la cornée. Elles sont particulièrement confortables et très efficaces dans les formes évoluées. Leur adaptation demande une expertise spécifique. Le suivi par un ophtalmologiste formé en contactologie est essentiel.
Le cross-linking cornéen
Le cross-linking cornéen est un traitement visant à freiner l’évolution du kératocône. Le principe : appliquer de la riboflavine (vitamine B2) sur la cornée, avant de l’exposer à des rayons UVA. Cette combinaison semble renforcer les liaisons entre les fibres de collagène, permettant possiblement de freiner la déformation cornéenne. Réalisé en ambulatoire sous anesthésie locale par gouttes, le geste dure environ une heure. Les métaanalyses ont du mal à démontrer clairement l’effet bénéfique du cross-linking. Cependant, il est admis qu’en présence d’un kératocône avec une preuve topographique évidente d’évolution en six mois ou un an, un cross linking est indiqué.
La chirurgie du kératocône
La chirurgie est réservée aux formes avancées ou mal corrigées par les lentilles. Il existe plusieurs possibilités :
- Les anneaux intracornéens: insérés dans l’épaisseur de la cornée, ils modifient sa courbure. Ils peuvent améliorer la qualité de vision et réduire la dépendance aux lentilles. L’intervention est rapide, réversible et réalisée en ambulatoire.
- Les segments d’anneaux intracornéens allogéniques (CAIRS) : cette technique récente repose sur l’implantation, dans l’épaisseur de la cornée, de segments issus de tissu cornéen humain provenant de donneurs. Comme les anneaux intracornéens classiques, ils permettent de régulariser la courbure cornéenne et d’améliorer la qualité visuelle. Leur nature biologique offre une excellente biocompatibilité et permet une meilleure adaptation à la forme de la cornée, avec un faible taux de complications. Les CAIRS constituent une option mini-invasive, réversible, et peuvent, dans certains cas, retarder voire éviter le recours à une greffe de cornée.
- La greffe de cornée: elle concerne une minorité de patients. Les techniques modernes privilégient des greffes partielles, qui remplacent uniquement la partie atteinte et conservent les structures saines. Le taux de succès est élevé et la récupération visuelle souvent très satisfaisante.
Le kératocône est une maladie chronique, mais elle est aujourd’hui bien prise en charge. Avec un diagnostic précoce, l’adoption de bons réflexes (arrêter de se frotter les yeux !), et un traitement adapté, la très grande majorité des patients mènent une vie tout à fait normale.
Pour en savoir plus : www.defeatkeratoconus.com
Laissez votre commentaire pour le Dr Alain SAAD sur ce forum public
Suivez le Docteur Alain Saad sur Instagram
Contactez le Dr Alain SAAD et prenez rendez-vous
Le Docteur SAAD vous reçoit en France à Paris et en Suisse à Fribourg
pour des consultations ainsi que des opérations des yeux au laser.

0 commentaire